L’Ère nouvelle, journal christiano-libertaire, (1901-1911) par E.Armand

erenouvelle

Le site Archivesautonomies.org propose la quasi intégralité du journal l’Ère nouvelle. Ce périodique qui parut entre 1901 et 1911 fut le journal christiano-libertaire le plus conséquent et durable en France. C’est l’écrivain et militant E. Armand qui en est à l’origine, avant de se déployer dans d’autres journaux comme l’En dehors et l’Unique pour ne citer que les plus connus.

L’Ère nouvelle et Armand ont fait l’objet d’un mémoire universitaire de Master 2 en théologie catholique à Strasbourg. Le mémoire est actuellement en travail de réécriture avant publication.

Henry Tricot, pasteur anarchiste

Henri Tricot, dit Henry Jean-Baptiste.

Né à Condes (Haute-Marne) le 2 mai 1852 – mort à Paris le 16 juillet 1938 – Mécanicien ; colporteur ; pasteur – Dijon (Côte d’Or) – Lyon (Rhône) – Sète (Hérault) – Paris – Carmaux (Tarn)
Les parents d’Henri Tricot étaient catholiques bien que d’origine protestante. L’enfant, orphelin de bonne heure, fut élevé par les Frères qui lui donnèrent la profession de mécanicien. Novice à Cîteaux, il s’évada pour rejoindre l’armée Bourbaki en 1871, revint à Cîteaux, puis à la Trappe d’Aiguebelle et perdit la foi. Il se maria, devint socialiste, puis anarchiste et milita à Gray, Dijon, Paris (XVIIIe), Lyon, tout en exerçant bien des métiers.

A Lyon il fut le trésorier du groupe L’Etendard révolutionnaire où il fut remplacé début 1883 par Gaillard. Après le procès de Lyon dit « Procès des 66 » (voir Bordat) où il ne fut pas impliqué, il reçut mille francs d’un paysan et fonda l’ hebdomadaire, La Lutte (Lyon, 19 numéros et un supplément, du 1er avril au 5 août 1883) dont tous les gérants – Lemoine, Morel, Chautant – seront l’objet de poursuites et qui poursuivra sa publication sous des titres succesifs (Le Drapeau noir, L’Emeute, Le Défi…etc) .

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Conférence de Tricot à Roanne (juin 1883)

Après une conférence à Roanne, il comparut, le 23 juin, devant la cour d’assises de la Loire qui le condamna pour « provocation au meurtre et à l’incendie » à deux ans et quatre mois de prison qu’il purgea à Clairvaux. Il avait également été accusé d’être l’auteur de l’affiche rouge « Aux travailleurs de la Loire » appelant à une réunion le 17 juin à La Ricamarie pour commémorer le massacre de 14 personnes qui y avait été commis le 14 juin 1869 par « les soudards de l’Empire » lors d’une grève de mineurs. Une centaine d’anarchistes – dont Thevenon, Ferdinand, Denhomme, Rullière, Metail – , portant des couronnes de fleurs avec les inscriptions Les anarchistes stéphanois et La Lutte et les révolutionnaires de Lyon à leurs frères morts en 1869, se rassemblèrent devant le cimetière qui avait été fermé par les autorités.

Pendant son incarcération sa petite fille avait été recueillie par le compagnon Placide de La Ricamarie.

Pendant cette période, Tricot avait subi l’influence de Blanqui, Chabert, Prudent Dervillers, Guesde, puis Élisée Reclus, Kropotkine et E. Gautier. Mais c’est surtout Louise Michel qu’il a toujours le plus admirée, dont il fut le disciple et sur qui il a écrit un vibrant témoignage.

Sorti de prison fin 1885, il devint colporteur anarchiste. À ce moment sa femme et lui firent la rencontre dans le Gard d’une socialiste chrétienne qui les persuada que Dieu est l’ennemi de l’injustice sociale. Il découvrit alors dans l’Épître de Paul aux Romains, XII, le communisme-anarchiste chrétien.

Mécanicien et journaliste au service de la municipalité socialiste de Cette, il rédigea L’Avenir social, puis rompit avec ses employeurs, tandis que le pasteur Benoît achevait sa conversion. Il devint alors colporteur biblique, puis évangéliste et collabora à L’Avant-Garde, organe des chrétiens sociaux. Il exerça son ministère à Carmaux (Tarn) en même temps que son métier de mécanicien, et il convertit les militants anarchistes Pacifique Grandjean (ouvrier horloger suisse) et Pierre Richard. Tricot avait adopté une théologie libérale antitrinitaire sans renoncer à l’anarchisme. Il écrivait en 1910 : « … jamais je ne serais devenu le disciple de Jésus-Christ, si je n’avais pas trouvé dans l’Évangile, unie aux paroles de la vie éternelle, la promesse d’une nouvelle terre, où l’élévation, la richesse et la joie des uns ne seront pas faites de l’abaissement, des privations et des larmes des autres. »

Il vint ensuite à Paris (vers 1910 ?) et il eut la plus grande influence dans le groupe chrétien social du pasteur Élie Gounelle et dans l’Union des socialistes chrétiens fondée en 1908 par R. Biville et P. Passy. Il exerçait son ministère dans le XIVe arr. Vers 1910, un groupe anarchiste de Montmartre lui demanda une conférence sur ce sujet : « Un anarchiste peut-il devenir chrétien sans abandonner son idéal social ? » Il fut délégué en mai 1912 au congrès international des socialistes chrétiens à Jolimont (Belgique), et en mai 1913 à La Chaux-de-Fonds. Ses positions politiques entraînèrent la démission de nombreux pasteurs. Il avait formé un groupe socialiste chrétien à Carmaux, quelques mois avant la guerre de 1914 pendant laquelle il prit, dès 1916, une attitude hostile à l’union sacrée.

La lutte entre Paul Passy et Henri Tricot à l’intérieur du mouvement chrétien social, à la suite de la Révolution russe pour laquelle il prit parti, conduisit à une scission. Tricot dirigea alors un groupe appelé Union communiste spiritualiste, animé avec lui par Jolivet-Castelot et Revoyre, et, à partir de 1929, il disposa d’un journal Terre nouvelle  ; mais, toujours anarchiste, il s’éloigna de plus en plus des communistes, et le catholique communisant Maurice Laudrain s’empara de cette publication en mai 1934 en profitant d’une tentative de Tricot pour créer « un front uni des chrétiens révolutionnaires » à la suite du 6 février.

Jusqu’à sa mort à Paris le 16 juillet 1938, le pasteur Tricot a concilié anarchie et christianisme. Il écrivait encore en 1937 : « L’idéal anarchiste [est] assimilé, dans ma pensée chrétienne, à la vision terrestre du Royaume de Dieu annoncé par le Christ  » (cf. La Voix libertaire, 27 mars 1937).

Les obsèques de Tricot furent présidées par le pasteur anarchisant Coreman et le pasteur Bertrand qui prononcèrent des discours. Sa femme était morte le 13 avril précédent. Les dernières pensées de Tricot, lues à ses obsèques, sont une confession de foi protestante libérale : « Je reconnais le Christ, non comme étant Dieu lui-même incarné dans un corps, né de femme, mais comme l’homme qui m’apparaît élevé au-dessus de tous les autres par la beauté morale de sa vie et le sublime exemple de sa mort. »

OEUVRE : – Demain je serai des vôtres… dialogue entre trois socialistes, Cette, 1890. — Confession d’un anarchiste, Paris, 1898. — De l’Anarchie à l’Évangile, Lyon, 1910. — Articles dans La Lutte (Lyon), L’Avenir social (Cette), L’Ère nouvelle (1901), Le Christianisme social, Terre nouvelle, La Voix libertaire, L’Avant-Garde.

SOURCES : M. Massard, Histoire du Mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894, DES, Lyon, 1954. — E. Armand, article nécrologique dans L’En Dehors, septembre 1938. — La Voix libertaire, août 1938. — Pierre Poujol, Socialistes et Chrétien, t. II et t. III, Paris, s. d.= Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier…, op. cit.// R. Bianco « Un siècle de presse anarchiste… », op. cit.// AD Loire 1M527//

Source de l’article : http://militants-anarchistes.info/spip.php?article8538